« Dans un siècle, on a Matrix » : retour sur le discours de Laurent Alexandre au Sénat

Le docteur Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo, aujourd’hui à la tête de DNA vision, est intervenu au Sénat le 19 janvier dernier au sujet de l’intelligence artificielle. Un discours passionnant, percutant, qui dépasse les constats habituels et les préconçus qui entourent l’intelligence artificielle, pour apporter une vraie réflexion et des questions précises. Retour sur certains propos à retenir.

laurent-alexandre« En matière d’intelligence artificielle, la France est un pays du tiers monde »

C’est avec cette phrase que, dès les premières secondes, Laurent Alexandre lance son propos. « Nous exportons des cerveaux, et nous importons chaque jour de l’intelligence artificielle. 65 millions de français importent de l’intelligence artificielle 160 fois par jour lorsqu’ils sont sur leur iPhone ou sur leur téléphone Android. Nous avons perdu notre souveraineté numérique sur les applications, le web et l’intelligence artificielle« . Percutant.

« La valeur du travail qualifié va augmenter »

Laurent Alexandre explique très simplement que l’intelligence artificielle sera demain gratuite face à l’intelligence « biologique ». Comprenez qu’entre une main d’oeuvre humaine et une IA, le coût sera à l’avantage de l’IA… »Cela a des conséquences majeures sur le monde de l’emploi. Car lorsqu’un bien est gratuit, les substituts crèvent, et les complémentaires voient leur prix augmenter. Ce qui est substitué, c’est le travail peu qualité. A l’inverse, la valeur du travail qualifié (comme le travail d’un Data Scientist) va augmenter« . En clair, l’IA va totalement reconfigurer le monde professionnel !

« Nous sommes tous les idiots utiles de l’intelligence artificielle »

Google, Apple, Facebook ou encore Amazon (les fameux GAFA) sont des acteurs majeurs de l’intelligence artificielle. Pourquoi ? Car ils sont les données nécessaires à la construction de cette intelligence. « Une étude a montré qu’un mauvais algorithme avec un grand volume de données est meilleur qu’un bon algorithme avec moins de données » explique Laurent Alexandre. En résumé, en France et plus largement en Europe, nous n’avons pas d’acteurs capables de développer cette intelligence artificielle, par manque de données en masse.

« La robotique ou la biologie ne croient pas de manière exponentielle »

Contrairement aux discours habituels sur la vitesse de développement de l’IA, qui ont parfois tendance à effacer les spécificités par domaine, Laurent Alexandre prend le temps dans son discours de préciser que la robotique ou la biologie, notamment, ne connaissent pas une croissance à un rythme exponentiel en matière d’intelligence artificielle. « La robotique ne va pas beaucoup bouger le marché du travail, c’est l’IA sans robot qui va modifier et faire imploser des aspects importants du travail« .

« Nous avons un changement radical dans la fonction de production avec l’intelligence artificielle »

« D’habitude, la production c’est du capital et du travail. Mais aujourd’hui, on voit apparaître une part nouvelle de capital qui est l’IA, un déclin de la valeur travail, et une montée en flèche du travail très qualifié. Mais en réalité, le travail très qualifié c’est du capital, ce n’est pas du vrai travail. Il est payé en actions et en stock-options ! Nous avons un déclin relatif du travail par rapport au capital. Le travail ne va pas disparaître, je suis persuadé que nous allons inventer plein de nouveaux métiers« .

« A l’avenir, tous les gens qui n’aurons pas un emploi complémentaire de l’IA seront soit au chômage soit avec un emploi aidé »

Si vous n’êtes pas complémentaire de l’IA, vous n’avez pas de travail. La formule a de quoi accrocher l’oreille mais est logique : « Si l’IA + vous est égale à l’IA, alors vous êtes par définition au chômage ou au RSA. Il faut donc rénover l’école et la formation professionnelle progressivement. Cela ne va pas se faire en cinq minutes, mais nous devons réfléchir à cette équation fondamentale. Aucun emploi complémentaire de l’IA n’existera en 2050. Les gamins que l’on forme aujourd’hui sur des machines non-numériques et qui travailleront jusqu’en 2070, nous ne leur donnons pas un long fleuve tranquille sur le plan professionnel ».

« Le revenu universel est une utopie techno-marxiste »

L’intervention de Laurent Alexandre s’inscrit pleinement dans l’actualité. il évoque le revenu universel défendu par Benoît Hamon. « Le revenu universel de base est absolument suicidaire, les gens qui le promeuvent sont les idiots utiles d’une intelligence artificielle semi-forte. Si tous les gens qui ne sont pas complémentaires de l’IA sont mis sur le côté et qu’on leur donne des jeux et du cirque, dans 50 ans nous avons Metropolis, et dans un siècle nous avons Matrix ».

Le discours de Laurent Alexandre est passionnant, engagé et regorge d’idées fortes.
Un véritable éclairage sur la réalité de l’IA aujourd’hui, et son impact demain.
Vous pouvez retrouver l’intégralité de son intervention dans la vidéo ci-dessous.

 

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